Autrice en poésie
Inspiration qui expulse le réel
Expiration qui l’invite
Entre deux apnées vivantes
Le vide est une respiration,
La circulation de l’empreinte

Recueil poétique et tellurique… en préparation!
Je travaille actuellement à la réécriture et à l’insertion de plusieurs textes poétiques dans un récit « géologique » en lien avec le projet « Albarons, une histoire naturelle. » Il s’agira d’infiltrer nos errances humaines dans les ères géologiques traversées avec moins d’affres par les albarons, ces humbles galets préhistoriques…
Extraits circonspects :

La mer, ça sert à rien, c’est la mer
C’est rond comme l’œil des poissons
C’est plein comme le ventre des baleines
Et ça fait sauter l’anneau de l’horizon sans rien faire.
*
Les carambolages de ce brouhaha
Finalement
Se prennent par la main
Pour accoster le silence
*
Je chausserai la mer
Et mes poumons-accordéon
Chanteront les nuages
Qui tangueront comme moi
Il y aura des scaphandriers sans scaphandres
Qui se tiennent droit tout au fond
Comme du plomb
Il y aura des montagnes ouvertes sur toutes sortes de poissons
L’origami de la surface se dépliera sur tout ça
Puis se refermera
Quand je chausserai la mer
Et ses remous en italique
*
Entendez-vous la façon dont les oiseaux entrent dans les arbres ?
C’est la façon dont j’aimerais que tu m’entendes
Moitié ciel et moitié terre du tendre
Je me poserais dans la clairière de tes cheveux
Je nagerais sous ta langue
J’aurais les plumes éclairées par en-dessous
Comme les feuilles de l’alizier blanc
Comme celles du tremble j’entrerais dans les arbres
Moitié ciel moitié terre du tendre
*
Je suis le galet d’une rivière perdue
Sous les vautours immobiles qui se laissent valser
Dans le ventre gris des nuages
Je prie
Je suis galet d’une rivière perdue
Cœur de quartz enrobé d’argile,
Rouler ? Je pourrais…
Autour de moi des maisons
aux façades cornées comme des pages
Pour me rappeler où j’en suis
Suis galet d’une rivière perdue
Mon poul bat comme une montre échouée
Qui n’applaudit que les retours
Le galbe du volcan, pourtant, était ma matrice première
Grâce au feu possible de la caldera
Rouler… Encore…
Pour chanter les Vénus préhistoriques

*
Et me voilà au jour
Et me voilà seul
Déplacé à la vitesse de la lumière
A la face du monde
Pavement arraché au feuilleté des roches
Sous des pieds qui oublient
Qu’auparavant, avec ma famille réunie,
C’est le monde que je portais
*
Aujourd’hui les montagnes ont des ailes
Nous les voyons passer et nous n’avons pas peur
Nous marchons sur les mandarines tombées des arbres
Et le parfum de leur zeste dans nos narines
Continue sa course vers le ciel comme une herbe de joie
Des oiseaux se posent sur le vent
A mi-cœur ils chantent, nous allons
La rigueur de nos désirs s’ouvre à chaque pas,
Comme une fleur qui ne se referme pas
A mi-pas, allons,
Jusqu’à ce que la terre, qui infuse sa loi,
Nous prête sa langue,
Nous apprête un lit.
*
Ma respiration vole peu à peu ce qui est advenu
Les êtres, les choses, les tribulations du jour
Derrière, c’est léger mais ça fait un bruit de cargo
Je ne vois pas les gravats qui s’amoncellent en bleu épars
La terre a-t-elle tremblé ?
Je suis embuée par ma propre vie
Je dépose des vers luisants sur les lignes de ma mémoire
Rien ne s’éclaire
Rien ne se lit
Si ce n’est le rampant de nos haleines
Soudure, articulation du givre
L’oubli serait-il eaux pliées ?
*
Il y a dans l’anse de ton coude
La chaleur de la plage
Arrondie comme l’horizon
Il y a dans l’anse de ton coude
Nos murmures qui s’arriment en toute saison
Il y a dans l’anse de ton coude
Un ruisseau bleu d’émotion
Il y a dans l’anse de ton coude
L’accolade de l’amour qui tient même au grand vent
*
Parole médusée dans une mère immense qui ne t’a jamais portée
Je vois la silhouette frêle d’une petite fille
Avancer à l’intérieur de toi sans jamais déborder tes contours
Epilogue de l’enfance porté en talisman de chair intérieure
Forte
En forme de perte
*
Les douves arrondies étaient remplies de terre
Elle courrait dessus, ses jeux s’y empilaient
Ce terrier avalait tout, bouche bée
Les marrons étaient gonflés de silences amers
Elle les lançait dans les bouches obliques des arbres – allaient-ils enfin parler?
Ils retombaient souvent
Chauds, doux, luisants, avec leur pellicule de lune sur le haut
Ils remplissaient nos mains
Nos joues se mettaient à bouillir
C’était la fanfare dans les corps
Notre tribut à l’enterrement du temps
Quand avait-t-elle perdu pied dans cet étang de salive ?
La marée de terre aura bien eu raison de l’enfance.
*
La cicatrice se boursoufle à l’envers
dans un chuintement d’errance
La chair la prend et l’aplatit avec ses rouleaux de sang
Pourquoi t’emmêles-tu dans mes mains ?
J’enlace la laisse de nos jours
Puis me détourne des pas enchâssés
Il n’est rien à fuir, il n’est rien à faire
Palper la nuit
Arrimer mes muscles à la joie qui s’ébroue
A l’échancrure par où les paysages osent
*
Cela a commencé et cela est à nul autre pareil
Tours de passe-passe dans l’entre-deux
Mon amour coalise les alentours
Amour amour
Ourdis la terre
Ourdis l’air
Passe passe…
*
Le paysage s’égouttait sans discontinuer dans la lumière crue
Tu voyageais sous les retombées aveuglantes des mots
*
Nappe lunaire qui gonfle
Nuages flotteurs
Où te caches-tu
Brame d’herbes et d’indivisibles ?

